Réalisé en 2009 lors de mon premier voyage en Corée, Retour aux sources occupe une place particulière dans mon parcours artistique et personnel.
Ce voyage marquait ma première rencontre directe avec mon pays d’origine. Étant graffeur depuis 1999, il me semblait naturel, presque nécessaire, de laisser une trace peinte en Corée. Le graffiti faisait déjà partie de mon identité, de mon langage et de ma manière d’exister dans l’espace. Revenir en Corée sans peindre aurait été comme traverser un territoire intime sans y poser de signe.
Mais peindre un graffiti ne commence pas seulement avec une bombe à la main. Le rôle du graffeur ne se limite pas au geste pictural : il commence par l’exploration, la recherche, l’observation. Il faut trouver le bon lieu, comprendre l’espace, chercher le matériel, repérer les accès, sentir l’ambiance et choisir l’endroit où l’œuvre pourra exister pleinement.
À Séoul, j’ai trouvé un terrain vague légal dans le quartier d’Apgujeong Rodeo. Ce lieu abritait une partie de la scène graffiti locale : un long couloir reliant la rue à la rivière Han, marqué par les passages, les traces et les peintures d’autres artistes. C’était un espace brut, urbain, vivant, à la fois caché et ouvert, comme un passage entre la ville et le fleuve.
Sur place, une personne avait déjà peint une forêt de bambous. Plutôt que d’ignorer cette présence, j’ai choisi de m’y greffer, d’intégrer mon graffiti dans ce décor existant. Mon lettrage est alors devenu une continuité du lieu, un dialogue avec le mur, avec les bambous, avec l’atmosphère du tunnel.
Le couloir était très sombre, presque sans éclairage. Un puits de lumière venait pourtant frapper une partie du mur. J’ai décidé de placer mon graffiti sous cette lumière naturelle, afin qu’il émerge de l’obscurité. Ce contraste entre l’ombre du tunnel et la lumière sur le mur donnait au graffiti une présence particulière, comme s’il apparaissait au milieu d’un passage secret.
Retour aux sources parle de ce moment précis : revenir, chercher, explorer, s’inscrire. C’est à la fois un graffiti, une trace de voyage, un acte de reconnaissance et une manière de relier mon histoire personnelle à ma pratique artistique.
Ce mur marque la rencontre entre mon identité de graffeur, construite en France depuis 1999, et mon retour en Corée. Une peinture réalisée dans un lieu de passage, entre la ville et le fleuve, entre l’ombre et la lumière, entre l’origine et le présent.
2,80m X 5m
Graffiti sur mur, bombes aérosols