Exposition collective « Pour toujours dans les mémoires » pour Puac à la maison de la Corée à Paris 14

Exposition collective « Pour toujours dans les mémoires » pour Puac à la maison de la Corée à Paris 14

Date de l’expo : Samedi 22 juin 2024 (14h–16h)
Lieu : Maison de la Corée, 9G Bd Jourdan, 75014 Paris
Programme :

– Exposition collective OKAP (avec PUAC)

– Autour de la mémoire : conférences, documentaires & photos (Guerre de Corée / 71 ans de cessez-le-feu)

 


 

Un événement de mémoire : commémoration, paix et transmission

L’exposition « Pour toujours dans les mémoires » s’est tenue à la Maison de la Corée à Paris, dans le cadre d’une journée organisée par PUAC — le Comité français de réunification entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. Cet événement avait une portée particulière : il était pensé comme un temps de commémoration et de reconnaissance envers les vétérans français qui se sont engagés pour défendre la Corée du Sud.
Au-delà de l’histoire, la journée a surtout été un moment de mémoire vivante, où l’on ressentait la gravité des récits, la force des témoignages, et la nécessité de transmettre.

Témoignages, conférence, documentaire : une journée profondément émouvante

Cette rencontre s’est construite autour de plusieurs temps forts : témoignages, conférences, projection d’un film documentaire, et échanges avec le public. L’ensemble donnait une résonance particulière aux œuvres présentées, car la parole et l’image se répondaient : d’un côté l’Histoire et les vécus, de l’autre l’art comme langage sensible.
Le collectif OKAP a proposé une exposition autour de la paix, pensée comme un espace de respiration, de réflexion et de dialogue. Cette journée s’est conclue par un buffet dînatoire, prolongeant les discussions dans une atmosphère plus intime. L’ensemble a été très émouvant : un moment où l’on sent que l’art, la mémoire et le collectif peuvent se rejoindre sans artifice.

Mon œuvre : « Minhwar » — une peinture Minhwa entre tradition et jeu de mots

Pour cette exposition, j’ai présenté une œuvre intitulée « Minhwar », réalisée dans l’esprit de la peinture traditionnelle coréenne Minhwa (민화), et plus précisément inspirée du genre Chaekgeori (책거리) — ces natures mortes où le livre occupe une place centrale. Le titre comporte volontairement un « r » en plus : un clin d’œil au mot « war » (guerre), comme une tension assumée entre culture, histoire et symboles.
Le tableau dialogue aussi avec un autre univers populaire : Hwatu (화투), jeu de cartes très connu en Corée, à la fois familial et controversé à cause de son lien historique avec le jeu d’argent. J’y ai glissé plusieurs références directes au Hwatu : l’oiseau, le chapeau Beonggeoji (벙거지), le parapluie, des vases avec des pins, et la grenouille.

Références cachées : anecdotes, symboles et héritages

Le Hwatu porte lui-même une histoire faite de modifications et de polémiques. Par exemple, sur certaines cartes, le chapeau Beonggeoji a été remplacé pour effacer une connotation liée à un calligraphe japonais. Dans mon œuvre, ces détails deviennent des indices : ils parlent de ce qui est effacé, remplacé, réécrit — et de la manière dont une culture se construit aussi à travers des choix politiques et symboliques.
La grenouille, elle, renvoie à un récit populaire : elle incarne la persévérance, à travers l’anecdote de l’homme au parapluie observant une grenouille tomber encore et encore avant de réussir. Le chapeau Beonggeoji, couvre-chef traditionnel de la période Joseon, s’est largement diffusé après des périodes de conflits (guerre d’Imjin, puis seconde invasion mandchoue), et devient ici un rappel : même les objets “simples” portent la trace de l’histoire.

Surréalisme, paix et “fleurs gagnantes”

Certains éléments créent volontairement des ponts inattendus. Le Beonggeoji peut évoquer le chapeau de Magritte, figure majeure du surréalisme : j’aime cette idée d’images qui déplacent le réel pour le rendre plus lisible. Dans cette logique, le pistolet dont le canon devient une fleur porte un message clair : “Faites la paix, pas la guerre.”
J’ai aussi intégré la référence à un pistolet Nambu type 14, arme historiquement présente dans plusieurs conflits en Asie jusqu’en 1945, notamment via les circulations d’armes et de trophées de guerre. Les pêches, très présentes dans le Minhwa, résonnent avec l’idée d’amour et de vie — un écho possible à l’esprit “Faites l’amour, pas la guerre”. Enfin, la pie (souvent associée à l’homme “ordinaire” dans le Minhwa) est remplacée par un rossignol, issu du Hwatu : symbole de printemps et de renouveau.

Une œuvre comme mémoire : pour que l’avenir appartienne aux fleurs

Toutes ces références ne sont pas là pour “charger” l’image, mais pour ouvrir des lectures : histoire militaire, mémoire culturelle, traditions, jeux populaires, symboles de paix… L’idée est de se souvenir sans se figer, et de faire exister une perspective où, à l’avenir, le seul vainqueur devrait être les fleurs. En Corée, la pivoine est souvent associée à la paix et à la prospérité, et s’est imposée comme un motif majeur sous la dynastie Joseon, notamment dans les décors de la cour royale.
Présenter cette œuvre dans le cadre de « Pour toujours dans les mémoires », après les témoignages et le documentaire, a donné à l’image une intensité particulière. Ce jour-là, l’art n’était pas un simple accrochage : il devenait un prolongement sensible de la mémoire, et une manière de dire — autrement — ce que l’on n’oublie pas.