Exposition collective « No.s Memoir.s » à la « galerie Bazillac » Paris 1

Exposition collective « No.s Memoir.s » à la « galerie Bazillac » Paris 1

Date de l’expo : Dimanche 14 septembre 2025 (14h)
Lieu : Galerie de Bazillac, 16/17 Galerie Montpensier, 75001 Paris
Programme :

– Temps d’échange : conversations & rencontres avec le collectif d’artistes OKAP

– Performances artixtiques : poème et guitare


 

Un week-end de résidence au Palais Royal : mémoires individuelles et collectives

L’événement NO.S MEMOIR.S a réuni les artistes du collectif OKAP autour d’un week-end de résidence dans l’emblématique Jardin du Palais Royal à Paris. Pendant ces deux jours, nous avons travaillé à partir d’un même point de départ : la mémoire — celle que l’on garde, celle qui se transforme, celle qui se transmet, et celle qui se fabrique collectivement.
À l’issue de la résidence, nous avons présenté au public des réflexions, des créations et des performances autour de nos mémoires individuelles et collectives, entre la Francophonie et l’Asie. L’événement a été réalisé en collaboration avec Overseas Koreans Agency et la Galerie de Bazillac.

Pourquoi revenir au tag : un médium brut, controversé, mais vivant

Pour cette exposition, j’ai choisi de revenir à un langage plus urbain, plus brut : le tag, qui est aussi mon médium de prédilection depuis mes débuts de graffeur. Le tag est controversé, parfois rejeté, souvent réduit à une “trace” sans valeur — mais c’est justement cette tension qui m’intéresse. Il a quelque chose de direct, d’instinctif, de fragile : une empreinte qui apparaît, disparaît, se recouvre, se dégrade.
Dans ce sens, le tag est une forme de mémoire : mémoire du geste, mémoire de l’écriture, mémoire du passage. Il conserve quelque chose de l’apprentissage (la lettre, la construction, le style), et en même temps quelque chose d’immédiat (le mouvement, la vitesse, l’énergie). Une écriture qui n’explique pas : elle affirme, elle marque, elle laisse une preuve.

Les œuvres présentées : saturation, écriture, France–Corée

J’ai présenté une série de six tableaux horizontaux dans un style graffiti, construits autour d’une saturation de tags. L’idée était de créer un champ dense, presque sonore, où l’écriture devient matière : une accumulation de gestes qui finit par produire un paysage. À côté de cette série, un grand tableau vertical prolongeait cette approche, avec une saturation plus massive, structurée autour des couleurs rouge et bleu, clin d’œil direct au drapeau coréen, mais aussi à la dualité, au tiraillement, et à la cohabitation des identités.

J’ai également présenté un mannequin portant un chapeau traditionnel coréen, le gat, avec un buste peint et lui aussi saturé de tags. Cette pièce met en tension deux choses : d’un côté, un symbole culturel fort, immédiatement identifiable ; de l’autre, une écriture urbaine considérée comme illégitime ou “sale”. Les réunir, c’était affirmer que la mémoire n’est pas toujours “belle” ou lisse : elle peut être brute, désordonnée, contradictoire — et pourtant profondément vraie.

Bilinguisme du geste : lettres françaises et Hangeul

Dans les tags, j’ai volontairement mélangé des lettres françaises et du Hangeul, en faisant se répondre les deux alphabets : écrire “France” en coréen (한글) et “Coréen” en français, comme un jeu de miroir. L’écriture devient ici un territoire : un endroit où deux langues cohabitent, se heurtent, se superposent. Ce n’est pas seulement “écrire des mots” : c’est faire sentir que la mémoire est aussi une affaire de lettres, de sons, de tracés — et que l’identité peut s’inscrire dans la forme même d’un alphabet.

NO.S MEMOIR.S : une mémoire qui se construit ensemble

Ce week-end a été une expérience collective forte, parce qu’il a relié le travail en résidence, l’échange entre artistes, et la présentation publique dans un même mouvement. Les œuvres produites et montrées ne sont pas des objets isolés : elles ont pris forme dans un contexte de dialogue, de partage et de confrontation bienveillante.
Merci à la Galerie de Bazillac, à Overseas Koreans Agency, au collectif OKAP, et au public pour l’écoute et l’énergie. Cette exposition a confirmé une chose essentielle : la mémoire est multiple, mouvante, parfois fragmentée — mais elle devient plus lisible quand on lui donne un espace commun.