Les moines de Coréanie recyclent les poteaux en bois de leurs temples pour en faire des skates. Il ne manque plus qu’à leur ajouter des roues — et les voilà glissant tranquillement jusqu’au village, robe au vent, entre encens et bitume.
Derrière l’humour, l’idée est claire : déplacer les symboles et mélanger les supports pour créer une rencontre improbable… mais évidente.
Les skates sont des objets très marqués : emblèmes de la culture urbaine, des années 80–90, de la rue, de la liberté — et aussi un morceau de ma jeunesse. À l’opposé, les motifs que je peins viennent du Dancheong (단청) : ces décors traditionnels coréens qu’on retrouve sur l’architecture des temples et des palais, avec leurs rythmes, leurs structures et leurs codes ancestraux. En les posant sur un support moderne, je ne cherche pas le contraste “pour faire joli” : je cherche une cohabitation. Faire tenir ensemble ce qui, normalement, ne se rencontre pas.
Chaque skate devient alors un pont : entre tradition et modernité, entre mémoire et culture populaire, entre l’héritage ancien et la société contemporaine qui avance vite. Ces pièces parlent de transmission : comment un motif peut survivre en changeant de surface, comment une culture peut se transformer sans s’effacer, comment un langage traditionnel peut circuler dans un objet du quotidien.
Ces skates ont été créés pour Coréanie, un pays imaginaire entre la Corée et la France — qui n’est ni la Corée, ni la France. Un territoire mental où les contradictions ne s’annulent pas : elles se répondent. Et si, dans ce pays-là, les moines roulent en skate, c’est peut-être parce que la tradition n’a pas besoin d’être immobile pour rester vivante.
71x21cm
Skate en bois - Acrylique et Posca